Vivre en Grèce : le guide complet

Environ trois cents jours de soleil par an, un coût de la vie inférieur d'environ 20 à 30 % à celui de la France, la mer Égée en toile de fond et l'appartenance à l'Union européenne comme à la zone euro : la Grèce coche beaucoup de cases pour un Français en quête d'expatriation. Longtemps regardée à travers le prisme de la crise de la dette, elle attire désormais retraités, télétravailleurs et investisseurs, séduits notamment par l'un des régimes fiscaux les plus attractifs d'Europe pour les pensionnés.

Mais une installation réussie se prépare : numéro fiscal AFM indispensable dès les premières démarches, seuils du golden visa relevés dans les zones tendues, imposition forfaitaire de 7 % soumise à conditions strictes et bureaucratie qui reste sportive. Ce guide passe en revue tout ce qu'il faut savoir pour un départ en 2026, en complément de notre checklist expatriation en 20 étapes.

Pourquoi la Grèce séduit de plus en plus de Français

Le premier argument est évident : le climat méditerranéen, avec des hivers doux sur les côtes et un ensoleillement record. Le deuxième est financier : à qualité de vie comparable, le budget mensuel y est nettement plus léger qu'en France, surtout hors d'Athènes. Le troisième est pratique : pas de visa, pas de permis de travail, l'euro comme monnaie, des vols directs quotidiens vers Paris, Lyon, Marseille ou Nice en environ trois heures et demie, et un décalage horaire d'une heure seulement.

La communauté française y est déjà bien implantée — environ 15 000 inscrits au registre consulaire, sans compter les résidents partiels — et l'économie grecque, en croissance continue depuis plusieurs années, a retrouvé la confiance des investisseurs. Athènes voit émerger une scène tech et de nombreux espaces de coworking, tandis que les îles et le Péloponnèse attirent retraités et télétravailleurs à la recherche d'un rythme plus doux.

S'installer en tant que citoyen européen : enregistrement, AFM et AMKA

La libre circulation européenne vous permet d'entrer et de séjourner en Grèce sans aucune formalité pendant trois mois. Au-delà, vous devez demander une attestation d'enregistrement de citoyen de l'UE (bebaiosi eggrafis) auprès du bureau des étrangers ou du commissariat compétent de votre lieu de résidence, en présentant un justificatif de ressources suffisantes, une couverture maladie et un justificatif de domicile. C'est un document à durée illimitée, qui matérialise votre résidence légale.

L'AFM, le sésame de toutes vos démarches

Le numéro fiscal AFM (Arithmos Forologikou Mitroou) est la clé de voûte de la vie administrative grecque : impossible d'ouvrir un compte bancaire, de signer un bail, de souscrire un abonnement d'électricité ou d'acheter un bien sans lui. Il s'obtient gratuitement auprès du centre des impôts local (DOY) ou en ligne via la plateforme myAADE, sur simple présentation d'une pièce d'identité. C'est la toute première démarche à effectuer en arrivant.

L'AMKA, votre numéro de sécurité sociale

L'AMKA (Arithmos Mitroou Koinonikis Asfalisis) est l'équivalent du numéro de sécurité sociale français. Il est indispensable pour travailler légalement, cotiser et accéder au système de santé public. Il se demande dans un centre de services aux citoyens (KEP) ou auprès de l'organisme de sécurité sociale e-EFKA, avec passeport et justificatif de résidence. Pensez aussi à régler la question bancaire tôt : notre comparatif des banques pour expatriés détaille les meilleures options pour conserver un pied en France tout en ouvrant un compte local.

Le golden visa grec : pour qui, à quels seuils

Le golden visa est un titre de séjour de cinq ans renouvelable accordé en contrepartie d'un investissement immobilier, sans obligation de résidence effective. Il s'adresse avant tout aux ressortissants de pays tiers : un Français n'en a pas besoin, mais il reste précieux pour un conjoint non européen, des parents ou des enfants majeurs ressortissants d'un pays hors UE, ou des investisseurs internationaux cherchant un ancrage résidentiel dans l'espace Schengen.

Les seuils ont été fortement relevés dans les zones tendues et varient désormais selon la localisation :

  • Environ 800 000 € en Attique (dont Athènes), à Thessalonique, à Mykonos, à Santorin et sur les îles de plus de 3 100 habitants
  • Environ 400 000 € dans le reste du pays, avec un bien unique d'une surface minimale d'environ 120 m²
  • Environ 250 000 € pour la conversion d'un local commercial en logement ou la restauration d'un bâtiment classé, quelle que soit la zone

Attention aux contreparties : les biens acquis dans ce cadre ne peuvent plus être proposés en location de courte durée, et le titre ne donne pas accès au marché du travail salarié grec. Il permet en revanche de voyager librement dans l'espace Schengen et d'inclure la famille proche. Les frais annexes (droits, avocat, notaire) représentent environ 8 à 10 % supplémentaires.

Fiscalité : le régime à 7 % des retraités et le statut non-dom

L'imposition forfaitaire de 7 % sur les pensions étrangères

C'est la mesure qui a placé la Grèce sur la carte des retraites au soleil : un retraité qui transfère sa résidence fiscale en Grèce peut opter pour une imposition forfaitaire de 7 % sur l'ensemble de ses revenus de source étrangère — pensions, mais aussi dividendes, intérêts ou loyers perçus hors de Grèce — pendant quinze ans. Les conditions : percevoir une pension de l'étranger, ne pas avoir été résident fiscal grec pendant cinq des six années précédentes, et venir d'un État lié à la Grèce par une convention de coopération fiscale, ce qui est le cas de la France. La demande doit être déposée avant le 31 mars de l'année concernée, et l'impôt se règle en une fois.

Nuance importante pour les anciens fonctionnaires : les pensions publiques françaises restent en principe imposables en France en vertu de la convention fiscale, et n'entrent donc pas dans le forfait grec. Le régime est en revanche très avantageux pour les retraités du privé. Pour comparer la Grèce aux autres destinations, consultez notre guide des meilleurs pays où prendre sa retraite et notre dossier sur la fiscalité de l'expatrié français.

Le régime non-dom pour les gros patrimoines

La Grèce propose aussi un statut de résident non domicilié : moyennant un impôt forfaitaire d'environ 100 000 € par an couvrant tous les revenus de source étrangère, sous condition d'un investissement d'environ 500 000 € dans le pays sous trois ans. Le régime court quinze ans maximum et peut être étendu aux membres de la famille pour environ 20 000 € par personne et par an. Il ne concerne évidemment qu'une minorité de très gros patrimoines.

Le régime de droit commun et la convention franco-grecque

Hors régimes spéciaux, le barème grec de l'impôt sur le revenu s'étage d'environ 9 % à 44 % au-delà d'environ 40 000 € de revenu imposable, avec des cotisations sociales significatives pour les salariés et indépendants. La convention fiscale entre la France et la Grèce répartit l'imposition et élimine la double imposition : une fois résident fiscal grec, vous déclarez vos revenus mondiaux en Grèce, mais vos revenus immobiliers de source française restent imposés en France. L'année du départ, n'oubliez pas vos obligations françaises de non-résident. Les propriétaires acquittent par ailleurs l'ENFIA, la taxe foncière annuelle grecque.

Coût de la vie : Athènes, Thessalonique et les îles

  • Athènes : appartement d'une chambre entre environ 550 et 850 € selon le quartier (Koukaki, Pangrati, Kypseli...) ; budget célibataire confortable d'environ 1 400 à 1 900 €/mois
  • Thessalonique : loyers inférieurs d'environ 20 à 30 % à ceux d'Athènes, grande ville étudiante et culturelle du nord
  • Îles touristiques (Mykonos, Santorin, Paros) : prix parisiens en saison, logements rares à l'année
  • Crète, Péloponnèse, îles moins courues : loyers d'environ 350 à 600 €, coût de la vie le plus doux du pays
  • Taverne environ 12 à 15 € par personne, café frappé environ 3 à 4 €, abonnement de transport athénien environ 30 €/mois

Deux réalités tempèrent le tableau : les loyers athéniens ont fortement augmenté ces dernières années sous l'effet du tourisme et de la location saisonnière, et les salaires locaux restent bas — le salaire minimum tourne autour d'environ 900 € bruts par mois. La Grèce est donc surtout avantageuse pour ceux qui arrivent avec des revenus français : pension, télétravail ou revenus locatifs. Pour chiffrer précisément votre situation, utilisez notre simulateur de budget expatriation.

Se loger et acheter : notaire, frais et vigilance

À la location, le bail d'habitation standard est de trois ans, avec une caution d'environ un à deux mois de loyer. Vérifiez systématiquement l'isolation et le mode de chauffage : de nombreux logements grecs, conçus pour l'été, se révèlent froids et coûteux à chauffer en hiver, surtout dans le nord du pays et en montagne.

À l'achat, la chaîne est bien rodée mais exige de la rigueur : l'avocat est quasi indispensable pour vérifier les titres de propriété, les éventuelles dettes attachées au bien et la conformité urbanistique — le cadastre grec est encore en cours de finalisation dans certaines zones. Le notaire authentifie ensuite l'acte. Comptez une taxe de transfert d'environ 3 %, des honoraires de notaire et d'avocat d'environ 1 à 2 % chacun et une commission d'agence d'environ 2 % : au total, environ 8 à 10 % de frais au-dessus du prix. L'AFM et un compte bancaire permettant de tracer les fonds sont obligatoires pour signer.

Santé : l'EOPYY et le recours au privé

Le système public grec repose sur l'EOPYY, l'organisme national qui finance soins et médicaments, et sur le réseau des hôpitaux publics et des centres de santé. On y accède en cotisant via son activité professionnelle (salariée ou indépendante, auprès de l'EFKA) ou, pour les retraités français, via le formulaire S1 qui transfère la prise en charge de l'assurance maladie française vers le système grec. Pendant la transition, la carte européenne d'assurance maladie couvre les soins imprévus.

Dans les faits, la qualité du public est inégale : bons praticiens, mais délais d'attente, équipements vieillissants et fortes disparités régionales. Le secteur privé, très développé à Athènes et Thessalonique, reste abordable — environ 40 à 60 € la consultation de spécialiste — et la plupart des expatriés souscrivent une assurance privée, indispensable si vous vivez sur une île où les cas sérieux impliquent une évacuation vers le continent. Notre comparatif des assurances santé expatrié vous aide à calibrer la couverture.

Travailler et télétravailler depuis la Grèce

Soyons directs : le marché du travail local n'est pas l'argument numéro un. Les salaires grecs sont parmi les plus bas de la zone euro — environ 900 € de salaire minimum, environ 1 200 à 1 500 € pour un salaire médian — et les opportunités qualifiées se concentrent dans le tourisme, le transport maritime, et une scène tech athénienne en croissance où l'anglais suffit souvent.

Le vrai levier est le télétravail avec des revenus non grecs. Salarié d'une entreprise française, vous devez formaliser la situation avec votre employeur : au-delà de 183 jours par an, vous devenez résident fiscal grec, avec des conséquences sur l'impôt et les cotisations sociales. Les indépendants s'immatriculent auprès du fisc et cotisent à l'EFKA sur une base forfaitaire d'environ 250 € par mois au premier palier. La Grèce propose bien un digital nomad visa avec un revenu minimal d'environ 3 500 € par mois, mais il ne concerne que les ressortissants non européens : en tant que Français, vous n'en avez pas besoin. À noter enfin, un dispositif d'exonération d'environ 50 % de l'impôt pendant sept ans existe pour certains actifs qui transfèrent leur emploi ou leur activité en Grèce.

Les pièges classiques du nouvel arrivant

  • Croire que le régime à 7 % est automatique : c'est une option à demander formellement avant le 31 mars, conditions à l'appui, et les pensions publiques françaises en sont de fait exclues
  • Acheter sans avocat : titres incomplets, constructions non déclarées et dettes ENFIA attachées au bien sont des classiques
  • Sous-estimer l'hiver : logements mal isolés, chauffage cher, îles balayées par le vent de novembre à mars
  • S'installer sur une île sans avoir testé la basse saison : commerces fermés, ferries réduits, services médicaux limités
  • Négliger la paperasse : apostilles, traductions certifiées et files d'attente font partie du folklore administratif, même si les services en ligne progressent vite
  • Oublier ses obligations françaises : déclaration de non-résident, comptes à l'étranger à signaler, revenus immobiliers français toujours imposés en France

Le kit d'installation des premiers jours

Dans l'ordre, tout découle de l'AFM : sans lui, ni compte bancaire, ni bail, ni abonnement d'électricité. Un forfait mobile grec coûte environ 15 à 25 €/mois (Cosmote, Vodafone, Nova) et la fibre s'est largement déployée dans les villes. Les services publics numériques, regroupés sur le portail gov.gr, ont fait un bond spectaculaire depuis 2020.

  • Semaine 1 : obtention de l'AFM au DOY ou via myAADE, ouverture du compte bancaire, forfait mobile
  • Semaine 2 à 4 : signature du bail, contrats d'électricité et d'internet, demande d'AMKA au KEP
  • Mois 1 à 3 : attestation d'enregistrement de citoyen UE, formulaire S1 et rattachement à l'EOPYY pour les retraités, immatriculation du véhicule si vous l'avez importé
  • Avant le 31 mars suivant : option pour le régime forfaitaire de 7 % le cas échéant ; déclaration française de l'année du départ en tant que non-résident

FAQ

Un Français a-t-il besoin d'un visa pour s'installer en Grèce ?

Non. En tant que citoyen de l'Union européenne, vous pouvez vous installer librement en Grèce. Au-delà de trois mois de séjour, vous devez simplement demander une attestation d'enregistrement auprès du bureau des étrangers de votre lieu de résidence, en justifiant de ressources suffisantes et d'une couverture maladie. Le golden visa ne concerne donc pas directement les Français.

Comment fonctionne l'imposition forfaitaire de 7 % pour les retraités ?

Un retraité qui transfère sa résidence fiscale en Grèce peut opter pour une imposition forfaitaire de 7 % sur l'ensemble de ses revenus de source étrangère, pendant quinze ans. Il faut percevoir une pension de l'étranger, ne pas avoir été résident fiscal grec pendant cinq des six années précédentes et venir d'un pays lié à la Grèce par une convention fiscale, ce qui est le cas de la France. La demande se dépose avant le 31 mars de l'année concernée.

Le golden visa grec est-il utile pour un Français ?

En principe non : la libre circulation européenne vous dispense de tout titre de séjour. Le golden visa reste en revanche pertinent pour un conjoint non européen, pour des proches ressortissants de pays tiers ou pour des investisseurs souhaitant un ancrage résidentiel dans l'Union. Il exige un investissement immobilier d'environ 250 000 à 800 000 € selon la zone et le type de bien.

Combien coûte la vie à Athènes par rapport à la France ?

Le coût de la vie athénien reste globalement inférieur d'environ 20 à 30 % à celui des grandes villes françaises : un appartement d'une chambre se loue environ 550 à 850 € selon le quartier, un repas en taverne coûte environ 12 à 15 € et l'abonnement de transport environ 30 € par mois. Les loyers ont toutefois fortement augmenté depuis quelques années, sous l'effet du tourisme et de la location saisonnière.

Le système de santé grec est-il fiable ?

Le système public EOPYY assure une couverture correcte, mais les hôpitaux publics souffrent de délais d'attente et d'équipements inégaux selon les régions. La plupart des expatriés combinent la couverture publique, obtenue via le travail ou le formulaire S1 pour les retraités, avec le secteur privé, abordable en Grèce, et une assurance santé privée, particulièrement recommandée si vous vivez sur une île.

📚 Sources officielles et références

✓ Dernière mise à jour éditoriale : 23 juillet 2026

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